jeudi 11 février 2021

Ma Story

DUFRESNE-LAMY, Julien. Ma Story. Magnard Jeunesse, 2020. (Presto). 95 p. ISBN: 9782210968486

Résumé: 

Batool, jeune lycéenne, est un jour repérée pour participer à une émission de télé-réalité, Le dernier survivant, version ados. Batool est enthousiaste: elle suit la version adulte avec assiduité. Les candidats sont en équipe, livrés à eux-mêmes sur une île déserte et doivent participer à des épreuves pour gagner des points, ils votent pour éliminer quelqu'un. Lors du casting, Batool va tout faire pour se présenter comme une battante, compétitrice prête à tout pour gagner. 
Le tournage a lieu. Batool n'a qu'une hâte: voir les émissions diffusées avec sa famille. Mais le montage des épisodes, impitoyable et mensonger, va présenter une autre version de ce que Batool et les candidats ont vécu. A partir d'une de ses phrases, sortie totalement de son contexte, elle va avoir le mauvais rôle. Sa vie bascule, les réseaux sociaux se déchaînent, sa famille est aussi frappée par cette vague de haine. Batool encaisse en espérant que l'affaire se tasse seule puisque personne ne lui demande sa version.


Avis:

Un texte court qui fait réfléchir sur les émissions de téléréalité, le rôle du montage dans la perception (et le jugement) des candidats par les téléspectateurs. L'histoire de Batool permet justement de réfléchir à cette question du jugement, à l'impact sur la vie réelle de ces personnes qui se retrouvent avec une étiquette sans avoir rien demandé.

L'histoire se lit très bien. Elle colle à la réalité de nos ados qui, même s'ils sont moins devant la télé, sont toujours sur les réseaux, réagissent et partagent à chaud, de façon immédiate, parfois violente. 

La fin m'a laissée un peu perplexe mais n'a pas gâchée mon plaisir.

Une collection qui a des objectifs intéressants: des textes courts, avec des thématiques fortes, d'actualité, facile d'accès pour des ados pas à l'aise avec la lecture (mais pas que...), une partie audio.

Thèmes:

Internet
Téléréalité
Réseaux sociaux
Adolescence
Télévision
Harcèlement
Perception d'autrui
Réputation / Identité

Niveaux:
dès la 4e 

Pauline G. (Chaumont)

vendredi 5 février 2021

Prochain rendez-vous

 N'oubliez pas:


Notre prochaine ronde a lieu mercredi prochain, le 10 février. Même lieu, même heure!

Pensez à rapporter les ouvrages empruntés et à transmettre vos coups de cœur!

A très vite!

jeudi 28 janvier 2021

Le secret de Mona

BARD, Patrick. Le secret de Mona. SYROS. 2020. ISBN: 9782748526615 (15,50€)

Résumé:

Tout. Elle a pensé à tout: les factures, les courses, les voisins, l'argent, les repas... Mona gère tout, toute seule. Sa mère, de toutes façons, est aux abonnés absents depuis des mois: la télévision, l'alcool, les jeux à gratter sont ses seules préoccupations. La seule chose que Mona n'a pas prévu, c'est que son petit frère Justin, âgé de quelques mois, fasse de la fièvre. Impossible de faire autrement: il a fallu l'emmener à l'hôpital. Evidemment, lorsque les gendarmes ont arrêté cette voiture qui venait de griller le stop, ils ne s'attendaient pas à découvrir une jeune fille, une gamine de 17 ans, au volant. Et c'est là que l'organisation de Mona, tout ce qu'elle a mis en place pour sauver sa famille, va s'effondrer, lentement mais sûrement, inéluctablement.
Son secret va être mis à jour mais personne ne peut savoir l'ampleur de ce qui va être révélé.


Avis:

C'est l'histoire d'une gamine qui doit s'élever toute seule mais aussi s'occuper de son petit frère. C'est l'histoire d'une gamine à qui on a volé l'enfance, qui doit devenir adulte avant l'heure. Qui doit prendre la place de l'adulte. C'est l'histoire aussi des échecs cumulés de la société: le système scolaire, les services sociaux, les services juridiques, administratifs, l'individualisme, le manque de solidarité... Personne n'a rien vu, personne n'a voulu voir. Ceux qui ont vu, ont détourné les yeux. Ceux qui auraient pu agir, ont eu les mains liées par les rouages d'une machine qui écrase tout sur son passage.
C'est l'histoire d'une gamine qui fait preuve d'une force incroyable.

L'écriture est vive, incisive. Les mots sont secs, précis, touchent là où ça fait mal. On est loin des villes et des problèmes d'adolescence "classiques" qu'on trouve souvent dans la littérature jeunesse. On est dans la France des campagnes, loin de tout  et de tout le monde, loin du bruit. Là où on se tait, où on encaisse, où on serre les dents.  P. BARD écrit la précarité, la misère sociale, l'isolement, le chômage, l'impuissance d'agir, le sentiment d'abandon, les dégâts psychologiques et physiques... avec justesse. 
Ici, en Haute-Marne, en tant que professeure, cette histoire m'a fait penser à des enfants, des familles, qui auraient pu toucher le fond comme Mona. Qui ont peut-être toucher le fond d'ailleurs, parce qu'elles disparaissent de nos trajectoires professionnelles.

Il y a néanmoins de l'espoir dans l'histoire mais le parcours à suivre pour retrouver un certain équilibre est très long et ponctué d'épreuves. Parce que la vie ce n'est pas toujours des Happy End soudaines et définitives.

C'est un livre à lire. On en sort sonné.


Thèmes:

Famille 
Adolescence
Société
Fait de société

Niveaux:
dès la 4e et plus

Pauline G. (Chaumont)

jeudi 14 janvier 2021

L'année de grâce

LIGGET, Kim. L’année de grâce. Casterman, 2020. 9782203036680 (19€90) 

Résumé : 

Personne ne parle de l'année de grâce. C'est interdit. Nous aurions soi-disant le pouvoir d'attirer les hommes et de rendre les épouses folles de jalousie. Notre peau dégagerait l'essence pure de la jeune fille, de la femme en devenir. C'est pourquoi nous sommes bannies l'année de nos seize ans : notre magie doit se dissiper dans la nature afin que nous puissions réintégrer la communauté. Pourtant, je ne me sens pas magique. Ni puissante. 


 Avis : 

Nous sommes dans une communauté aux allures de village médiéval fermé sur lui-même.  Les habitants craignent les attaques et les enlèvements mais bannissent les indésirables. Les superstitions sont nombreuses. La religion omniprésente. Il existe d'ailleurs un rite de passage pour les adolescentes : les jeunes filles sont exilées lorsqu'elles ont seize ans. Un an d'exil dans la forêt  à vivre dans une enceinte entourée d'une palissade. C'est l'année de grâce. A l'extérieur de cette place forte, ce n'est que dangers et violences. Les jeunes filles sont à la merci des braconniers, hommes violents et cruels.  A leur retour, purifiée de leur magie, elles auront trois vies possibles: devenir épouse ( et mère), travailler aux champs ou dans les maisons, ou vendre leurs corps. Tierney a beau chercher des indices sur ce qui l'attend, mères, sœurs tantes toutes semblent respecter le tabou qui entoure cet exil forcé. Beaucoup ne reviennent pas. Les rescapées quant à elle portent les stigmates  de ce séjour sur leur corps et dans leurs esprits. Tierney rêve de rébellion, alors même que rêver est interdit.
Elle a un avantage indéniable: son père lui a appris  à se débrouiller dans la nature. Il espère secrètement ainsi la préparer à survivre et à déjouer les pièges d'un séjour qui virera à une véritable hystérie collective. Car la violence viendra de l'intérieur de l'enceinte. Mais, le surnom de Tierney est « la Terrible » et elle compte bien survivre à cet enfer. 
Bien sûr, cet exil n'a qu'un seul objectif: briser les femmes pour les rendre obéissantes, asseoir l'autorité des hommes pour leur assurer le contrôle exclusif de la société. 

Une lecture forte, pleine d'émotion, puissante, mais tout en suggestion. Il faut de la patience pour avoir toutes les clés, pour tout comprendre, mais l'écriture est fine et on ne s'en lasse pas, on n'en décroche pas. On s'interroge sur nos constructions mentales, sur le fonctionnement de notre société, sur nos propres représentations.  Une lecture indispensable. Un livre à mettre entre les mains des filles bien évidement mais aussi aux garçons.
 
Thèmes : 
Société patriarcale 
Les femmes et leur place dans la société 
Pouvoir des hommes / relation homme-femme
Amour
Fraternité / sororité / solidarité 
Perception de soi / perception d'autrui / Peur de l’autre 
Féminisme

Niveau : dès la 4ème

Roseline M. (Médiathèque Les Silos)

lundi 28 décembre 2020

Les Chroniques de l’érable et du cerisier : T.1, Le masque de nô.

MONCEAUX, Camille. Les Chroniques de l’érable et du cerisier : T.1, Le masque de nô. Gallimard.  2020.  411 p.  ISBN : 978-2-07-512697-7.  (20,50€) 
 
 Résumé : 
 
Japon, 17è siècle. 
Recueilli et élevé par un mystérieux samouraï et sa servante, Ichiro grandit à l’abri du monde, dans une modeste maison isolée dans la montagne. Son quotidien est rythmé entre un rigoureux apprentissage du sabre transmis par « le maître » et les tâches ménagères effectuées en compagnie de la douce Oba. Sa vie bascule lorsque Oba décède subitement, et surtout lorsque le maître, qu’il considère comme son père, est assassiné par un inconnu en quête d’un sabre légendaire déposé chez eux quelques jours auparavant par un mystérieux invité de passage. 
Commence alors pour Ichiro une vie d’aventure et d’errance, marquée par de multiples dangers. Alors qu’il se décide à rejoindre la ville la plus proche, il est aidé par un couple qui, derrière une apparente bienveillance, menace de le vendre comme esclave. Ichiro réussit à leur échapper et se retrouve sans abri. Battu par un groupe de jeunes marginaux, il est soigné par un artiste lunaire, un poète, Daichi, qui lui permet de trouver du travail chez un marchand de saké. Ichiro découvre que le commerce se transforme le soir en théâtre, où sont jouées les œuvres de Daichi. 
Ichiro, craignant toujours pour sa vie suite à la mort du maitre, se fait alors appeler Tomo pour ne pas être repéré. Il va très vite faire la connaissance d’un jeune garçon qui devient son meilleur ami, Shin, et qui l’accueille dans sa famille. Bénéficiant alors d’une certaine stabilité matérielle, Ichiro gravit les échelons du théâtre et se retrouve sur scène un peu par accident. Interprétant un samouraï, il constate que les réflexes d’utilisation du sabre sont toujours présents et que l’enseignement du maitre n’a pas été oublié, loin de là. Un soir, après une représentation, il est attiré dans la rue par une voix qui l’envoûte immédiatement, provenant d’une riche résidence. Oubliant toute précaution, il escalade le mur et découvre une jeune fille sous surveillance permanente, et dont le visage est caché derrière un masque de nô. 
 
 
Avis : 
 
A première vue, un roman sur le Japon du XVIIè et les samouraïs ne me passionne pas plus que cela, mais je suis entrée dans l’histoire très facilement et j’attends la suite de cette épopée fascinante avec impatience ! On trouve très vite ce héros fort sympathique et attachant, tout comme le sont d’ailleurs les autres personnages, j’ai vraiment hâte de connaitre la suite de leurs aventures. 
 
Premier volume d’une épopée, « Le masque de nô » est également le premier ouvrage de Camille Monceaux. Et quelle histoire! Très documenté, le récit est extrêmement bien écrit. L’auteure réussit à nous entraîner très facilement dans l’univers des samouraïs, du théâtre kabuki, des courtisanes, des villes du Japon et de leur gouvernance par les shoguns, de la méfiance de ces derniers face l’incursion des missionnaires chrétiens, sans nous livrer toutes ces informations de façon encyclopédique. Bref une lecture plaisante à tous les niveaux, et tout à fait accessible aux non-initiés à la culture japonaise ! 
 
 
Thèmes : 
 Japon / XVIIè / Samouraï / Théâtre / amour / amitié 
 
Niveaux : 4è-3è (voire 5è bons lecteurs) 
 
Christine B. (Nogent)

jeudi 10 décembre 2020

Point de fuite

COLOT, Marie. GUILBERT, Nancy. Point de fuite. Gulf Stream (Électrogène Réaliste), 2020. ISBN: 978-2-3548-8791-9. (18€)
 
Résumé: 
 
Mona est une lycéenne heureuse, dynamique, lumineuse. Un peu tête en l'air peut-être, mais c'est normal, c'est une "artiste". D'ailleurs, le dessin est une véritable passion: elle aimerait bien pouvoir en faire son métier. 
 
Depuis peu, elle a un amoureux, Joshua. Passionné d'art comme elle. Beau. Brillant. Prévenant. Cultivé. Merveilleux. Le gendre idéal. L'homme qui lui fallait. Celui qui la complète. 
Mais il ne s'agit que d'une façade car insidieusement, peu à peu, mot après mot, geste après geste, Joshua l'enferme dans un carcan douloureux, l'isolant de tous. Mona  ne remarque rien, refuse de voir la réalité, n'admet pas une vérité si dure. Parce qu'au fond, elle le sait: elle ne mérite pas Joshua, elle a besoin de lui pour réussir, pour vivre. Et puis, Joshua l'aime. Ce n'est qu'une mauvaise phase. Tous les couples vivent ça, non?
 
Mais si Mona, sa famille, celle de Joshua, ne réalisent pas ce qui est entrain de se passer. D'autres personnes assistent à la descente aux enfers de la jeune fille et elles refusent de ne pas agir, de laisser faire. Il y a Marin, le meilleur ami de Mona, Lya, la voisine au passé douloureux, Esther, qui ne connait pas Mona, mais qui connait très bien Joshua, et Cassien, le poète Rwandais, arrivé en France enfant, rescapé du génocide des Tutsi.  
 
Avis:
 
On suit la trajectoire des émotions de Mona: son cœur qui s'emballe à la vue de ce jeune homme, leurs débuts si romantiques, si fleur bleu. Une histoire de Prince Charmant qui tombe amoureux de la jeune fille pauvre, qui se croyait invisible. Lui si beau, elle si banale. Mais comme tout grand huit, après la montée, il y a la descente. Lente, inexorable, inévitable, destructrice. On sent le changement d'attitude de Joshua. On observe impuissant Mona qui se laisse entraîner. Qui ne se débat pas. Mais heureusement, il y a un cercle de personnes qui va réagir. Chacune d'elle a son histoire, ses combats, ses démons. Et finalement, toutes vont croiser la route de Mona et décider de l'aider.
 
 Un texte choral précis, fort. La complexité de chaque personnage est développée avec objectivité et équité. Aucun n'est en retrait. Un petit coup de cœur pour Cassien et ses textes...
La manipulation et l'emprise arrivent doucement, subtilement, avec pudeur. Pas de voyeurisme inutile. On ne tombe pas les clichés qu'on peut avoir quand on pense au sujet de la violence faîte aux femmes ( ex: misère sociale, CSP moins, "mec bourré", gens sans culture...). 
Autre élément "positif": l'histoire ne se termine pas en Happy End et heureusement, car les victimes de violence mettent longtemps à se reconstruire, à accepter d'accorder à nouveau leur confiance, les séquelles sont nombreuses, les blessures profondes. Elles ne disparaissent pas d'un claquement de doigt. Cette fin renforce l'impact de l'histoire, la rend encore plus solide.
 
Beaucoup d'autres thématiques sont abordés: l'écologie, le sport, le génocide des Tutis, et l'art avec une quantité d’œuvres cités. D'ailleurs, tous ces tableaux que je ne connais pas forcément m'ont un peu gênée au début: devais-je aller voir de quoi il s'agissait ou pas, était-ce utile pour l'histoire? Et puis finalement, je n'ai pas cherché (même si je suis sûre de la plus-value) et ça n'enlève rien au texte. Mais une liste des œuvres citées est  donnée en fin d'ouvrage. Chacun peut donc créer son musée autour du livre.
 
Pour compléter et surtout informer, les autrices fournissent des outils:
- le violentomètre du Centre Hubertine Auclert pour "mesurer" si sa relation amoureuse est basée sur le consentement et ne comporte pas de violences
- Deux numéros de téléphones anonymes et gratuits: le 3919 pour la France et le 0800/30.030 pour la Belgique (Marie Colot est Belge)
- Des adresses d'associations d'aide aux victimes de violence dans son département : Arrêtons les Violences (France), Centre de Prévention des Violences Conjugales et Familiales (Belgique)
 
Bref, une histoire portée par un texte écrit à quatre mains qui ne peut pas laisser insensible.
 
Thèmes:
 
Relation homme-femme
Emprise, manipulation, influence psychologique
Violence conjugale, maltraitance
Pervers narcissique
Amour
Relation toxique
Art, peinture
 
Niveaux: 4e bon lecteur, 3e, lycée et  +

Pauline G. (Chaumont)

vendredi 16 octobre 2020

À noter: prochaine rencontre

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Prochaine rencontre: le 9 décembre 2020, à 14h.

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