vendredi 6 novembre 2026

Son Lac

CARTERON, Marine. Son Lac. Rouergue (Épik), 2026. 416 p. ISBN: 9782812628887. (19€)

Résumé:

Elle existe depuis la nuit des temps. 
Elle a vu l'humanité prendre forme. 
Tour à tour adorée et puis rejetée. 
Elle a préféré dissimuler sa véritable nature plutôt que de s'en aller. 
Les siècles se sont enchaînés sans qu'elle vieillisse. Parfois, elle doit tuer pour survivre. Dans les eaux sombres, elle se régénère et parfois kidnappe de jeunes hommes. Toute sa volonté tend vers une seule direction : se reproduire, avoir un enfant, ne plus être la seule représentante de son espèce, ne plus être seule. Et vivre dans sa demeure. Son lac. Quand bien même l'époque moderne et la curiosité de jeunes humains semblent bien décider à élucider tous les mystères existant autour de la dame du lac...

Avis:

Elle, Bernoline, est une créature seule depuis des siècles. Elle a vu la naissance de l'humanité. Elle a vu leur évolution. 
A travers son récit, empli de solitude, on sent une terrible blessure, une profonde tristesse et une trahison sans nom. Elle a du s'adapter aux hommes, à leur adoration puis à leur rejet, leur ignorance, leur soif de domination et leurs peurs destructrices, leur lâcheté. 
Mais c'est terminé. Aujourd'hui elle se venge de tout ce qu'elle a vécu, aujourd'hui, c'est elle qui prend ce qui lui est du, quitte à le faire violemment.

Le récit parcourt les siècles, les époques, jusqu'à nos jours où Léo, ado rebelle, disparaît un soir.


Quel plaisir de plonger (c'est le cas de le dire pour un lac) à nouveau dans l'écriture de Marine CARTERON qui, cette fois-ci, réécrit la légende de la Dame du Lac.
J'ai retrouvé la force, le charisme et la résilience des personnages féminins de Pallas, autre œuvre de Marine CARTERON que j'avais adorée (mon avis du tome 1 ici), avec une dimension plus sombre, plus gothique. Bernoline est une créature blessée mais forte qui incarne un féminisme combattif et qui veut se libérer de tous les cadres imposés par les sociétés qu'elle traverse.

Les chapitres alternent les époques et les points de vue, ce qui donne un rythme soutenu à l'histoire, mais qui peut dérouter éventuellement les lecteurs.


Thèmes: légende, Dame du Lac, féminisme, fantastique

Niveau: (3e bons lecteurs) lycée, jeunes adultes, adultes

Pauline G. (Chaumont)

Big Bang

Mikaël OLLIVIER. Big Bang. Éditions Thierry Magnier. 2026. 237 p. ISBN : 979-10-352-0991-9 (16.90€) 


Résumé : 

    Depuis quelques temps les notes de Mathis chutent au collège, inexorablement. Par ailleurs il n’a plus vraiment envie de nager alors qu’il est habituellement passionné de natation. Il faut dire que la séparation de ses parents n’arrange rien, d’autant que Mathis est maintenant partagé entre la Bretagne, où vit son père, ébéniste, et Paris, où sa mère, directrice dans une maison d’édition, s’est installée avec son nouveau compagnon et la fille de ce dernier, Apolline. 

La mère de Mathis a tôt fait de poser un diagnostic sur les difficultés scolaires de son fils et ce mal-être qui l’envahit. Il s’ennuie en classe, il doit être HPI. Elle décide donc de lui faire passer un test pour évaluer son quotient intellectuel et confirmer son hypothèse. Le verdict tombe : alors que dans la famille de sa mère on plafonne à 140 depuis ses grands-parents, Mathis, lui, n’obtient qu’un malheureux 86. 

C’est un cataclysme pour la pauvre maman qui plaçait de grands espoirs dans sa descendance. Le papa, lui, met cela de côté et ne change rien dans la relation à son fils. La nouvelle s’ébruite au collège (fichu meilleur ami qui ne sait pas tenir sa langue !), quelques ennuis suivent en toute logique, mais Mathis fait face. En apparence. C’est bien beau, ce test de QI qu’il ne voulait pas faire, mais comment vit-on le fait d’être subitement devenu un imbécile aux yeux de sa mère ? Comment envisager l’après-brevet dans ces conditions ? D’ailleurs, ce fameux brevet, peut-on l’obtenir avec un QI de 86 ? Autant de questions auxquelles Mathis va devoir répondre, en puisant dans ses ressources et en recevant l’aide inattendue d’une certaine Apolline. 

Avis : 

    J’ai aimé la plume légère et humoristique de Mikaël Ollivier pour retracer le quotidien de cet ado en plein questionnement. Les situations parfois compliquées sont décrites avec beaucoup de légèreté et j’avoue avoir refermé ce roman avec une pointe de regret : on découvre le parcours de Mathis avant et après ce fameux test, mais j’aurais apprécié l’accompagner encore un peu (une suite s’il vous plait ?!) 

Le message principal est assez simple : il existe de nombreuses formes d’intelligence et un test de QI n’a pas vraiment de valeur... Au second plan, plusieurs thèmes apparaissent et méritent qu’on s’y arrête : les divergences d’opinion sur les principes d’éducation (les parents de Mathis ne sont d’accord sur rien ou presque), la place que l’on donne dans notre société aux métiers dits manuels ou artistiques, la façon dont les femmes qui réussissent sont observées, scrutées, jugées. 

Une mention spéciale aux grands-parents paternels de Mathis dont les discussions et situations sont retranscrites de façon hilarante. 

Thèmes : Education / Parentalité / Famille / Intelligence / Adolescence 

Niveau : 4ème - 3ème 

Christine Bretton (Nogent)

mercredi 10 juin 2026

Le magasin qui n'ouvre que les jours de pluie

YEONG-GWANG, You. Le magasin qui n’ouvre que les jours de pluie. Robert Laffont, 2025. 19,50€. ISBN : 9782221274705 

Résumé : 

Il paraît que le Magasin La Mousson, situé dans la ville d'Arc-en-ciel, n'ouvre que les jours de pluie. 
Que pour s'y faire inviter, il faut raconter ses malheurs sur papier, et les envoyer par courrier aux gobelins qui gèrent les lieux. 
Que si ces derniers vous choisissent, en échange de votre visite ils vous offriront un grand bonheur ...

Serine n'aurait jamais cru recevoir son invitation pour le magasin des gobelins... accompagnée d'un mystérieux carton d'or ! Une fois sur place, escortée par un drôle de chat aux pouvoirs imprévisibles, elle va partir à la recherche de son bonheur. Et elle devra faire vite : si elle ne le déniche pas avant la fin de la saison des pluies, elle pourrait être piégée chez les gobelins pour toujours. 

 Mon avis : 

Un carton d’or glissé entre les pages m’invite à suivre la quête de Serine dans un drôle de magasin. Au premier jour de la mousson, elle y est invitée pour y déposer ses malheurs et espérer trouver la perle qui réalisera son vœu pour un avenir meilleur. Guidée par Isha, animal sacré à fort appétit (un goinfre !), elle écume les échoppes des gobelins pour y dénicher des perles. Mais aucune ne semble répondre à ses souhaits. Dans ces échoppes, Serine fait la rencontre de gobelins tous plus étranges et loufoques les uns que les autres. Certains ne lui inspirent pas confiance, et pour cause ! Elle garde en mémoire que si elle ne choisit pas une perle avant la fin des pluies, elle se retrouvera bloquée dans ce monde. 

Un texte poétique qui nous entraîne d’aventure en aventure dans la course effrénée de l’héroïne. La persévérance et l’humilité de Serine en fond un personnage captivant. On l’est aussi par son compagnon de route à quatre pattes qui lit les avenirs éventuels de l’héroïne entre ses crocs. You Yeong-Gwang transmet un beau message sur la quête du bonheur et nous donne à réfléchir sur ce qui compte dans nos vies, l‘amour et l’amitié étant évidemment mis en avant. Pas d’effet surprise de côté-là, mais on se laisse volontiers porter au fil des pages par cette magie douce. 

Niveaux : collège, lycée 

Thèmes : magie, bonheur, voyage initiatique, être imaginaire, fantasy 

Maude M. (Froncles)

vendredi 22 mai 2026

A curious kind of magic

RUTHERFORD, Mara. A Curious Kind of Magic. La Martinière, 2025. 20 €. ISBN : 9791040120230 

Résumé : 

    À Ardmuir, tout le monde sait que Willow Stokes est une arnaqueuse. Dans la boutique magique héritée de son père, les artefacts qu’elle vend n’ont aucun pouvoir ... Mais tout pourrait bien changer le jour où elle rencontre Brianna Hargrave. Car Brianna cache un secret : tout ce qu’elle touche devient magique. Et c’est à Ardmuir qu’elle espère enfin briser sa malédiction, grâce à un ancien grimoire. 

Pour Willow, le don de Brianna est sa seule chance de sauver son commerce. Pour Brianna, Willow est la seule à pouvoir retrouver le grimoire. Tout les oppose, sauf l’accord qui les lie. Et quand s’en mêlent un apprenti imprimeur aussi séduisant qu’agaçant et un mystérieux collectionneur, ce sont toutes leurs certitudes qui risquent de voler en éclats. Entre thés fumants, faux-semblants et cœurs qui se frôlent, la vraie magie surgit parfois là où on l’attend le moins. 

Mon avis : 

    Un gros coup de cœur pour ces trois personnages si imparfaits qu’on s’attache à leurs petits défauts (oui, une dent de travers peut avoir son charme !). On partage leurs doutes et leurs déboires. Mais on découvre aussi trois forces de caractère, car on ne peut pas dire que la vie soit douce pour eux. Willow pâtit de la réputation de son père et veut maintenir sa boutique pour honorer sa mémoire. Brianna est rejetée par ses parents et cherche à tout prix à briser la malédiction pour les retrouver. Finlay fait tout pour aider sa mère gravement malade. Pourtant, leurs liens se renforcent et ils sont là les uns pour les autres. 

L’autrice diffuse la magie avec parcimonie, sans exagération. A la lecture du mot « dragon », j’avais peur que l’autrice nous emmène trop loin dans l’imaginaire. Pas du tout ! Idem pour le « wolpertinger » qu’on adopterait bien à la fin du roman, bien qu’il soit composé de peaux d’animaux morts … La fluidité de l’écriture et de la narration ne nous lasse pas, l’aventure n’abuse pas d’extravagances. J’ai suivi avec plaisir l’évolution des sentiments de Willow et encore plus le changement de regard qu’elle porte sur elle-même. Ce roman est parfaitement classé en cosy fantasy. 

Niveaux : 4e , 3e , lycée 

Thèmes : magie, amitié, amour, fantasy, animal mythique 

Maude M. (Froncles)

Permis de frémir

FRIER Raphaële, Permis de frémir, L’école de Loisirs, 2025. 111 p. 

Résumé: 

Pauline vient d’avoir son Bac et son permis ! 
Cela signifie la liberté pour elle. Elle va pouvoir aller à la soirée qu’organise sa meilleure amie dans sa maison dans les bois! 

Mais sa mère ne l’entend pas ainsi : elle refuse de lui prêter sa voiture. Pauline doit se faire emmener et ramener par Antoine. Tant pis, c’est l’occasion de mieux le connaître et de profiter d’une soirée entre amis. 
Mais au moment de rentrer, rien ne va plus : Antoine n’est absolument pas en état de conduire. Pauline doit alors prendre le volant pour la première fois, sur une route sinueuse, dans la nuit et accompagnée par un Antoine ingérable dans un état second. Ce premier trajet déjà stressant va virer au cauchemar.

Avis : 

Texte court et haletant qui nous plonge rapidement dans l’action. 

Toutefois, la prise d’alcool et de drogue par nos héros peut déranger. 

Thèmes : policier / amour / stupéfiant  / thriller / suspens

Niveaux : Lycée 

Estelle L . (Chateauvillain)

Aïe love l'anglais

HAUSFATER Rachel. Aïe love l’anglais. Edition Thierry Magnier (En voiture Simone), 2024. 

Résumé:

Fatoumata entre cette année en 6ème. Elle en est heureuse et a hâte de découvrir les merveilles que recèle son nouvel établissement. Toutefois elle déchante vite : lors de son premier cours d’anglais elle découvre qu’elle est la seule de la classe à n’avoir jamais pratiqué cette langue. Comment va-t-elle faire ? Elle ne peut pas révéler son secret et avouer à tous qu’elle ne comprend rien en anglais ! Elle se lance donc éperdument dans l’étude de cette langue et fait preuve d’une énergie considérable pour comprendre ce qui se dit en classe. Mais elle ne comprend rien à cette horrible langue qui lui demande combien elle a de « pets » et qui lui parle de ses « face »… 

Avis : 

Un livre qui joue sur les quiproquos liés à la méconnaissance d’une langue. Ses jeux de mots font rire et on s’attache à l’héroïne que fait preuve d’acharnement dans l’apprentissage de cette nouvelle langue. 

Thèmes : amitié / persévérance / humour

Niveaux : dès la 6ème 

Estelle L . (Chateauvillain)

jeudi 29 janvier 2026

Runes T1: les mille visages

SÁNCHEZ, Carlos. Runes : les mille visages. Tome 1. Casterman, 2025. 18,00 €. ISBN : 9782203287426 

 Résumé : 

    Harcelés par les brutes de l'orphelinat, Daï et Chiri trouvent refuge dans la forêt, où ils s'engouffrent dans un étrange tunnel dont ils ressortent bien loin de leur Petit Val. Ils ne tardent pas à découvrir que le royaume oublié où ils ont atterri est tourmenté par le terrible Roi des Ombres, qui cherche à libérer la magie sauvage et semer la terreur et le chaos sur le Monde. Épaulés d'une druidesse, d'un ogre et d'une sorcière, les deux amis devront déjouer les stratagèmes de leur assaillant aux mille visages et retrouver le chemin du portail qui les a conduits jusqu'ici. Réussiront-ils à échapper aux ténèbres qui se sont réveillés à leur arrivée et sceller le passage entre les mondes avant qu'il ne soit trop tard ? 

Mon avis : 

    Une BD punchy qui vous happe dès le franchissement du portique vers un monde parallèle aux couleurs vitaminées : un foisonnement de détails, créatures et paysages étranges, runes intrigantes, ... qu’on pourrait regarder pendant des heures. J’ai trouvé d’ailleurs sympa de trouver une notice pour déchiffrer les runes à la fin de la BD. Les personnages sont attachants, surtout le vieil archéologue qui pique du nez n’importe où, et celui du bouc-traversin qui change de taille. Mais c’est Chiri, le personnage principal au sourire communicatif, qui a tout de suite attiré mon attention. Sourde, ses gestes sont habilement retranscrits par Carlos Sánchez à travers la couleur des bulles et les mouvements fléchés de son héroïne. On en oublie son handicap au fur et à mesure des pages. Une bande dessinée qui conviendra parfaitement en collège, pour les fans de magie, de mondes décalés et loufoques. 

Niveaux : collège, lycée 

Thèmes : magie, amitié, surdité, science-fiction, être imaginaire 

Maude M. (Froncles)